Dans cet exposé, notre but nest pas de faire
un cours sur la leucémie. Nous traçons juste
les grandes étapes auxquelles un malade se voit confronté.
Ce sont quelques éléments pour vous aider à
comprendre lidée en général. Les
évènements ne se déroulent jamais exclusivement
suivant la chronologie présentée ci-dessous.
Nous recevons souvent des messages de malades qui voudraient
avoir des renseignements sur leur maladie. Chacun est un cas
unique et toutes leucémies ne se ressemblent pas. Le
meilleur conseil que lon peut vous donner cest
de poser vos questions à votre médecin hématologue.
Il connaît le mieux votre dossier et votre cas en particulier.
La leucémie est une maladie bien complexe où
tous les éléments de tous les examens sont indispensables
pour prendre une décision de traitement ou parler de
pronostic.
Si vous souhaitez des renseignements ou un soutien adressez
vous souvent aux médecins et aux infirmières
qui soccupent de vous, ils vous connaissent le mieux
et ont, de part leur expérience, plein didées
et les mots quil faut pour vous soutenir.
Les principaux acteurs :
La moelle osseuse : c'est l'usine qui produit les éléments
que l'on trouve dans le sang. Les globules rouges, les globules
blancs et les plaquettes.
Le sang : on y retrouve les éléments produits
par la moelle, les globules rouges, les globules blancs et
les plaquettes.
Les globules rouges : ils ont pour rôle le transport
et la distribution de l'oxygène à tout l'organisme.
Les globules blancs : ils ont pour rôle de défendre
l'organisme contre les microbes (bactéries, virus et
champignons).
Les plaquettes : elles participent à la coagulation
du sang, sans elles, au moindre traumatisme on risque de saigner.
Que se passe-t-il ?
Cest une maladie qui se déclare dans la moelle
et lempêche daccomplir son rôle de
production de globules blancs normaux, de globules rouges
et de plaquettes.
Normalement, la moelle produit des globules blancs en plusieurs
phases, ils passent des cellules souches (cellules mères),
aux blastes (cellules jeunes intermédiaires) pour donner
les globules blancs qui sont libérés dans le
sang, cest ce quon appelle la maturation.
Au cours dune leucémie, une des cellules souches
(mères) peut se dérégler au niveau de
ses gènes donc de son ADN. Elle devient malade. Elle
acquiert alors un pouvoir de prolifération et se met
à se diviser pour donner des milliers dautres
cellules. Ces cellules peuvent devenir résistantes
et ne meurent plus comme doit le faire tout globule normal
après un certain laps de temps.
Cette division interminable donne des milliers de cellules
identiques quon appelle les blastes (jeunes globules
blancs). Ces blastes ne peuvent remplir la fonction normale
des globules blancs matures.
On arrive alors au stade ou la moelle est envahie par ces
cellules anormales. Ces cellules prennent toute la place dans
la moelle et empêchent, par plusieurs mécanismes,
la production de globules blancs normaux, de globules rouges
et de plaquettes. Leur nombre est tellement élevé
quelles finissent par sortir dans le sang.
Les conséquences pour le malade sont :
La fatigue, est la conséquence de lanémie,
parce que les globules rouges ne sont plus produits en quantité
suffisante. Loxygène est moins bien distribué
à lorganisme, les efforts de déplacement
pendant la vie de tous les jours deviennent difficiles.
Avec la diminution des globules blancs normaux, la défense
contre les microbes devient défectueuse et la fièvre
et les infections peuvent se déclarer.
La thrombopénie ou manque de plaquettes peut être
la cause de saignements et dhémorragies.
Avant l'arrivée chez le docteur :
Les signes et symptômes qui peuvent se déclarer
:
De la fatigue, une perte de poids, des sueurs, des frissons,
de la fièvre, des gencives gonflées, des ganglions,
des douleurs osseuses, des hématomes ou des saignements,
des pustules sur la peau...
Ces signes et symptômes peuvent apparaître au
cours d'autres maladies et ne sont pas spécifiques
de la leucémie.
Chez le docteur :
Dans la plupart des cas, l'apparition de ces symptômes
pousse les malades à consulter. Un examen de sang est
normalement fait, il peut montrer l'anémie, la thrombopénie
(baisse du chiffre de plaquettes) ou un chiffre de globules
blancs anormal (ils peuvent être augmentés ou
diminués).
Au vu des résultats de cette numération formule
sanguine (NFS) le médecin peut décider d'hospitaliser
le malade.
À l'hôpital :
Si l'hospitalisation est décidée et selon les
symptômes présents, plusieurs examens vont être
faits.
Si l'anémie est profonde et le chiffre de plaquettes
très bas, il est probable qu'une transfusion soit effectuée.
Pour cela, une batterie de tests pour déterminer le
groupe sanguin et le statut virologique sont demandés.
Un traitement par antibiotiques peut être instauré
rapidement si des signes d'infections apparaissent.
L'examen qui fera le diagnostic de la leucémie est
ce qu'on appelle le myélogramme.
Le myélogramme :
C'est un examen qui consiste à ponctionner une goutte
de moelle au niveau de los du sternum ou de l'os iliaque
du bassin, grâce une aiguille que l'on appelle trocart.
C'est un examen simple qui ne dure pas longtemps, il est peu
douloureux (le geste en lui-même ne dure que quelques
secondes).
Cet examen permettra aux médecins dexaminer les
cellules de la moelle au microscope. Selon leur aspect, leur
nombre et leurs caractéristiques, le médecin
biologiste fait le diagnostic de leucémie. Il peut
faire ainsi un premier classement. Il peut indiquer le genre
de leucémie selon l'aspect des blastes. Ceux-ci peuvent
être d'aspect lymphoblastique ou bien myéloblastique.
La leucémie peut aussi avoir un aspect chronique ou
aigu.
Il existe 4 types de diagnostics :
-Leucémies Aiguës Myéloblastiques (LAM).
-Leucémies Aiguës Lymphoblastiques (LAL).
-Leucémie Myéloïde Chronique (LMC).
-Leucémie Lymphoïde Chronique (LLC).
Ceci est à titre indicatif. Ce nest pas une classification
officielle puisquil existe des subdivisions multiples
et variées pour chacune dentre elles.
Le service dhématologie :
La leucémie est une maladie du sang, elle fait partie
d'une branche de la médecine qui est appelée
hématologie. Les médecins sont des spécialistes
hématologues.
À l'arrivée du patient, et s'il n'a pas de défenses
immunitaires par absence des globules blancs normaux, il peut
être placé en isolement dans une chambre dite
stérile afin de le protéger des microbes. Le
personnel soignant utilise des masques, des charlottes, des
sur blouses et prend des précautions nécessaires
pour le protéger. Le personnel soignant ne se protège
pas lui-même car cette maladie nest pas contagieuse.
Les examens à faire :
Une série impressionnante d'examens est effectuée
dans un service dhématologie.
Le myélogramme s'il n'a pas déjà été
fait.
D'autres examens de sang complémentaire, pour définir
l'état général ou bien affiner le diagnostic
de la leucémie.
Des hémocultures en cas de fièvre ou d'infection,
afin d'éliminer un microbe dans le sang.
Plusieurs échantillons peuvent être prélevés
au cours du myélogramme afin d'étudier la moelle,
on pratique ainsi, un caryotype,
une biologie moléculaire et un phénotypage.
Ces examens déterminent le genre de leucémie,
permettent de mieux la classer, de choisir le traitement qu'il
faudra appliquer, le pronostic, et la nécessité
ou non d'effectuer une greffe de moelle osseuse. Ces résultats
ne sont disponibles que deux à trois semaines plus
tard.
Entre-temps une première partie du traitement peut
être effectuée grâce au premier diagnostic
fait par le myélogramme.
Le cathéter :
Le traitement par chimiothérapie est nécessaire
au cours d'une leucémie. Il ne peut être effectué
par perfusion simple parce que la chimiothérapie est
toxique pour les petites veines des bras.
Il est nécessaire alors de mettre en place un cathéter
au niveau des grosses veines du cou ou des veines sous clavière.
Ce dispositif facilite le traitement ainsi que les transfusions,
il évite l'endommagement des veines et permet une plus
grande mobilité et liberté des bras.
Il est mis en place par un médecin anesthésiste
sous anesthésie locale.
Après la sortie de l'hôpital, des soins particuliers
sont faits pour l'entretenir. Une fois le traitement totalement
fini il peut être retiré.
Le traitement :
Il dépend du genre et du type de la leucémie.
Les leucémies aiguës et chroniques n'ont pas le
même traitement. Les leucémies lymphoblastiques
et myéloblastiques sont aussi traitées par des
protocoles de traitement
différents.
Dans la majorité des cas de leucémies, le traitement
comprend de la chimiothérapie.
La chimiothérapie est un traitement lourd qui a pour
but d'éliminer toutes les cellules malades de la moelle
et du sang. Malheureusement il a beaucoup d'effets secondaires.
Si la plupart des cellules leucémiques (blastes) sont
éliminées, les cellules normales (globules blancs,
globules rouges et plaquettes) sont tuées en même
temps. La chimiothérapie " nettoie "
ainsi toute la moelle de ses globules quils soient bons
ou mauvais.
Les produits de chimio sont perfusés pendant quelques
jours. Une fois la moelle " vidée "
de tous ses constituants le malade est dit en période
daplasie.
Pendant la période de perfusion de la chimiothérapie
le malade peut avoir des nausées et des vomissements
qui ont des remèdes spécifiques. Une perte des
cheveux transitoire est fréquente.
L'aplasie est une période qui suit le traitement. Le
malade dépourvu de ses bons globules blancs risque
de contracter des infections. Pour cela il reçoit un
traitement par antibiotiques. Pendant cette aplasie il ne
fabrique pas de globules rouges ni de plaquettes et il dépend
des transfusions. La période d'aplasie peut durer,
selon lintensité de la chimiothérapie,
entre dix jours et un mois environ. Pendant ce laps de temps
la moelle se reconstitue, les bons globules blancs réapparaissent
et on parle de la sortie d'aplasie.
Une fois la sortie d'aplasie constatée le départ
du patient hors du service peut se faire à condition
quil n'ait plus besoin d'un traitement par les antibiotiques
ou de transfusions.
La rémission :
Après ce traitement dit d'induction, on laisse passer
quelques jours avant de faire un autre myélogramme
pour constater le résultat obtenu.
L'étude du myélogramme montre ou pas la disparition
de toutes les cellules malades. Si elles ont toutes été
éliminées on parle alors de rémission.
Après un seul traitement d'induction on ne peut parler
de guérison. On sait à ce moment-là que
la maladie ne se voit plus mais qu'elle pourrait être
encore là, invisible dans quelques cellules résiduelles
qui ont échappé à la chimio.
On sait aussi d'après les études, quà
ce stade, si on arrête le traitement définitivement,
la maladie reviendrait.
Après la chimio dinduction, il est donc nécessaire
de faire plusieurs cycles de chimiothérapie appelés
chimio de consolidation et un traitement d'entretien qui nécessiteront
selon les cas une hospitalisation ou un traitement en ambulatoire.
Selon les cas, le traitement peut durer au total entre quatre
mois et parfois deux ans, avec dans quelques cas, des séjours
plus ou moins longs en hospitalisation. Ces passages à
l'hôpital seront déterminés par le médecin
traitant.
La greffe de moelle :
Quelques semaines après le début du traitement
les médecins hématologue auront eu le temps
d'affiner leur diagnostic. Après avoir classé
la maladie, déterminé les facteurs pronostic
et constaté la réponse au traitement par chimiothérapie,
ils peuvent décider si oui ou non une greffe de moelle
osseuse est indispensable.
Auparavant ils auront effectué un typage HLA (nécessaire
à la compatibilité) des frères et soeurs
du malade.
Ainsi deux cas de figure se présentent, un traitement
long par chimiothérapie, ou un traitement intensifié
par allogreffe de moelle osseuse ou autogreffe.
La guérison :
Après le traitement par chimiothérapie en hospitalisation,
il se peut que le patient soit traité pendant quelques
mois à l'hôpital de jours, puis suivi en consultation
pendant quelques années. Le médecin espacera
la fréquence de ses consultations au fur et à
mesure jusqu'à la déclaration de la guérison
finale.
Selon le type de leucémie, les médecins peuvent
parler de guérison après une période
de rémission complète assez longue. Certaines
maladies du sang sont considérées comme guéries
après deux ans et d'autres après plus de cinq
ans de la fin du traitement. Le caryotype:
c'est un examen qui a pour but, de déceler les anomalies
des chromosomes des globules blancs leucémiques, quils
soient dans le sang au dans la moelle. Il est prélevé
au cours de la ponction sternale nécessaire myélogramme.
Ces anomalies peuvent être la cause de la leucémie,
elles peuvent avoir aussi une valeur pronostique, influencer
le choix du traitement et dans quelques cas permet de surveiller
la maladie.
Les anomalies peuvent concerner le nombre de chromosomes ou
encore leurs aspects (translocations, inversion...).
Il faut attendre à peu près quinze jours pour
obtenir des résultats. La biologie moléculaire et le phénotypage
:
Ce sont des examens complémentaires au caryotype qui
ont aussi pour but de classer la maladie, ils peuvent aussi
avoir une valeur pronostique et influencer le choix du traitement.
Ils jouent un rôle important dans la surveillance de
la maladie après la rémission. Les protocoles de traitement :
Un protocole est une combinaison de plusieurs agents de chimiothérapie
nécessaire au traitement. On utilise ces protocoles
dans les essais cliniques.
La leucémie n'est pas une maladie simple. Le traitement
final n'est pas encore défini.
La recherche médicale clinique est en cours d'évaluation.
Le traitement de chaque leucémie est différent,
on recherche dans chaque cas, le ou les meilleurs médicaments,
les meilleurs dosages, la meilleure association des médicaments,
la meilleure façon de les administrer...
Dans le but d'améliorer les résultats des traitements,
la majorité des malades acceptent de participer aux
essais cliniques sur les protocoles de traitement. Ils sont
mis en place par les médecins et contrôlés
par les organismes de santé des services publics et
donc régis par la loi.
Un essai de protocole de traitement est une étude dirigée
par des médecins, qui ont une hypothèse sur
la façon de traiter un genre de leucémie, avec
un médicament particulier, ou une façon différente
de l'administrer... Qu'ils comparent à une méthode
standard connue est reconnue.
La majorité des patients acceptent de participer mais
certains restent réfractaires car ils croient qu'on
se sert deux comme cobayes. Ceci n'est pas vrai, parce
que les protocoles comparent en général, surtout
à un stade avancé (du développement du
médicament ), deux méthodes sûres
et efficaces. Les équipes médicales veulent
prouver la supériorité dune nouvelle méthode
sur une ancienne. (Auparavant le nouveau médicament
a dû être essayé chez lanimal chez
des patients réfractaires et passé toutes les
phases de développement décrites par la loi.
Ce médicament aura donc auparavant, prouvé son
efficacité.
Certains protocoles dits de phase I ou II sont proposés
à des patients chez qui le traitement standard n'a
pas réussi et qui n'ont l'espoir que d'essayer de nouveaux
médicaments encore non présents sur le marché.
Ceci n'est pratiquement jamais le cas chez les patients nouvellement
diagnostiqués.
Il faut savoir que le patient a le droit de refuser de participer
à ces protocoles. Néanmoins, c'est le seul moyen
de faire avancer les traitements et de trouver des solutions.
Le protocole est expliqué en détail par le médecin
au malade, ils signent conjointement un document de consentement. Aplasie :
C'est un état où le patient na plus de
défenses immunitaires par une absence des polynucléaires
neutrophiles dans le sang.
Ces polynucléaires sont une sorte de globules blancs
qui sont impliqués directement dans la défense
de l'organisme contre les microbes. Dès que leur chiffre
descend en dessous de 500/mm3 on dit que le patient est en
aplasie et qu'il a un risque d'attraper une infection. Ce
chiffre, vous pouvez le retrouver sur le résultat de
la prise de sang appelée numération formule
sanguine (NFS).
L'aplasie survient généralement après
les jours où la chimiothérapie a été
injectée. Sa durée peut être comprise
entre quelques jours et plusieurs semaines.
La sortie d'aplasie est le moment où la moelle fabrique
à nouveau des polynucléaires neutrophiles que
l'on retrouve dans le sang.
Quand l'aplasie est longue, elle se déroule à
l'hôpital. Le malade est sous surveillance et à
la moindre fièvre, des examens sont effectués
et la perfusion d'antibiotiques peut commencer.
Quand la chimiothérapie est de faible intensité,
donc l'aplasie courte, le médecin décide parfois
quelle peut se passer à domicile. La sortie de
l'hôpital se fait avec une ordonnance pour des prises
de sang de surveillance et une prescription d'antibiotiques
à débuter en cas de fièvre. Si tel est
le cas, il faut suivre à la lettre les recommandations
du médecin et appeler très vite le centre hospitalier
où vous êtes suivi.
Dans certains cas des facteurs de croissance sont prescrits
pour accélérer la sortie d'aplasie. Autogreffe :
Pour les lymphomes et certaines leucémies, il est parfois
nécessaire de faire de très fortes doses de
chimiothérapie.
Dans ces cas-là, le traitement peut être très
toxique pour la moelle. Il pourrait être si fort que
toutes les cellules sont tuées et l'aplasie peut durer
des mois. Un tel état est incompatible avec la vie.
Lastuce est :
1) De prélever la moelle du malade avant ce traitement
(il faut qu'elle soit dépourvue de toute maladie)
pour la protéger de la chimiothérapie.
2) De débuter la forte chimiothérapie une
fois la moelle mise de côté.
3) De réinjecter la moelle conservée afin
de recoloniser l'espace " nettoyé " par
la chimiothérapie.
La sortie d'aplasie s'effectue en dix à quinze jours.